Je vais déplier le drap qui commence par demain, nous ditEmmanuelle Sordet dans son premier livre.Livre où alternent contes rimbaldiens, aphorismes, élégiesrilkéennes, odes et chants - comme autant de fragments d'uneméditation toujours recommencée, au prisme d'une écrituredense et souple, précise et sinueuse, cruelle et fluide, le murmuretrès doux d'une guitare inassouvie.Dans ces pages brûlées de soleil, des ombres passent, furtives. Présences lucides, compagnons secrets, elles accompagnentnotre courage et nos hésitations. Elles nousmurmurent de lever les yeux, de regarder les paysages sansmémoire auxquels nous donnons sens.Mais si l'Histoire nous roule de vagues de sang en disparitions- amis déchiquetés, cités rasées, civilisations détruites, enfants engloutis -, si nous nous levons chaque jour Ulysseoublieux, pourquoi donner voix au poème ?Si jamais. S'il était encore possible de croire et d'accepter, nous regretterions d'avoir laissé s'éteindre le pouvoir heureuxde la lumière et se taire la musique. Nous devons prendre lerisque du poème, de sa démesure.« Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ', nous prévient Rimbaud dans Une saison en Enfer.De ce combat, le recueil d'Emmanuelle Sordet porte témoignage.« Un livre qui passe de l'immédiat au lointain, de l'intime aucollectif, qui les mêle avec le plus grand naturel, et c'est si rare qu'ilfaut y insister. 'Pierre Dhainaut (préface)Emmanuelle Sordet est née en 1971. Elle vit et travaille à Paris.Publiée en revue depuis plusieurs années (Décharge, ARPA, Placede la Sorbonne), elle donne aux éditions du Pont9 son premierrecueil, Si jamais.